⚠️ Le constat : une guerre électronique quotidienne
Fin août 2025 : l'avion d'Ursula von der Leyen est victime d'un brouillage GPS à l'approche de Plovdiv (Bulgarie) [citation:1]. Ce n'est qu'un incident parmi des milliers.
Le brouillage (jamming) et le leurrage (spoofing) ne sont plus des menaces théoriques. Ils sont devenus quotidiens. Au Moyen-Orient, des avions de ligne se retrouvent affichant une position à 100 km de leur trajectoire réelle, avec tous leurs systèmes de navigation – y compris l'inertiel – pollués par de faux signaux [citation:5]. L'Association du transport aérien international (IATA) tire la sonnette d'alarme : « compte tenu des tensions géopolitiques persistantes, il est difficile d'envisager une inversion de cette tendance à court terme » [citation:1]. Le système mondial de navigation par satellite (GNSS) est devenu le maillon faible de notre mobilité moderne.
Des entreprises comme Safran développent désormais des brouilleurs eux-mêmes, comme le système Skyjacker (déployé lors des JO 2024), capable de leurrer des drones en essaim sur des distances de 1 à 50 km [citation:3]. La menace est si sérieuse que les instances internationales (IATA, AESA) ont publié en juin 2025 un plan pour atténuer les risques liés aux interférences GNSS [citation:1].
🎯 Pourquoi le GNSS est-il si facile à pirater ?
Jamming (brouillage)
Le signal GPS arrive à très faible puissance (équivalent à une ampoule de 25W vue à 20 000 km). Un brouilleur de faible coût (< 500€) peut noyer ce signal dans le bruit sur plusieurs kilomètres. Les drones malveillants, mais aussi les conducteurs voulant échapper à la télépéage, utilisent ces appareils désormais courants [citation:7].
Conséquence : perte totale de positionnement.
Spoofing (leurrage)
Plus sophistiqué, le leurrage consiste à envoyer de faux signaux plus puissants que les vrais, trompant le récepteur qui croit se trouver ailleurs. Pire : les systèmes inertiels (IRS) sont parfois recouplés avec le GPS et confirment les fausses informations [citation:5]. Des avions ont vu leur position décalée de 60 à 80 milles nautiques sans aucun avertissement.
Conséquence : navigation erronée sans détection.
Exemple frappant : sur la route aérienne UM688 (frontière irako-iranienne), une douzaine d'avions ont subi des attaques de spoofing en 2023, du petit jet au Boeing 777 [citation:5].
🛰️ Les solutions alternatives : une géomatique active
👁️ 1. Le positionnement par vision (Visual Odometry)
LiDAR-Visual-Inertial
Des systèmes comme GPC-LIVO ou BEV-LIO(LC) fusionnent en temps réel données caméra, LiDAR et centrale inertielle. Ils atteignent des fréquences de 1 à 5 kHz avec une dérive inférieure à 0,3% [citation:2][citation:6][citation:8].
Principe : l'IA compare les images avec des cartes HD pré-enregistrées.
SLAM multi-capteurs
Les algorithmes de type LVI-SAM ou FAST-LIVO permettent de s'affranchir totalement du GPS en milieux urbains denses ou naturels. Le système construit sa carte en temps réel et s'y localise [citation:8].
Cas d'usage
Véhicules autonomes, drones en environnements dégradés (tunnels, forêts), et même robots militaires en zone de brouillage intensif.
🧭 2. La navigation magnétique : l'empreinte digitale de la Terre
Inspirée des oiseaux migrateurs
Le champ magnétique terrestre présente des anomalies locales stables dans le temps. Comme une empreinte digitale, chaque lieu a une signature magnétique unique. Des magnétomètres haute précision (sensibilité < 1 nT) permettent de se positionner par corrélation avec des cartes pré-établies [citation:2].
Avantages
- Impossible à brouiller (signal naturel)
- Fonctionne sous terre, sous l'eau
- Précision métrique après fusion
📶 3. Les signaux d'opportunité
Wi-Fi, 5G, TV, Starlink
Tout signal radio peut servir de balise. La 5G offre une densité de stations idéale pour une localisation par trilatération. Des récepteurs logiciels (SDR) utilisent même les signaux des constellations internet (Starlink) comme sources de positionnement de secours [citation:2][citation:7].
Résilience
La multiplication des sources rend l'attaque bien plus difficile. Un spoofing devrait cibler simultanément GPS, 5G et signaux TV pour tromper un récepteur hybride.
🧩 Vers une navigation hybride : le rôle clé du géomaticien
La fusion multi-capteurs
Le géomaticien ne choisit plus UNE solution, mais les combine. Les filtres de Kalman étendus (iEKF) fusionnent données inertielles, visuelles, magnétiques et signaux d'opportunité en temps réel, avec des facteurs de confiance adaptatifs [citation:2][citation:8].
Exemple : le projet européen FOSTER ITS intègre GNSS, centrale inertielle et algorithmes anti-spoofing dans un seul boîtier [citation:7].
Le défi cartographique
Ces techniques nécessitent des cartes de référence ultra-précises (anomalies magnétiques, cartes HD, base de données d'émetteurs). Le géomaticien devient le garant de ces référentiels et de leur mise à jour dynamique.
| Technologie | Principe | Précision | Résilience au spoofing |
|---|---|---|---|
| GNSS seul | Triangulation satellite | ±5 m | Très faible |
| Odometrie visuelle | SLAM + caméras/LiDAR | ±2 cm | Élevée |
| Navigation magnétique | Carte d'anomalies | ±1 m (après fusion) | Totale |
| Signaux 5G | Trilatération stations | ±5 m | Moyenne |
| Fusion multi-capteurs | Filtre de Kalman + IA | ±10 cm | Très élevée |
🔮 L'autonomie spatiale, pilier de la liberté de mouvement
Le 21e siècle redécouvre une leçon ancienne : compter sur un seul système, aussi performant soit-il, est un risque stratégique. La navigation sans GPS n'est plus une option, mais une nécessité pour les armées, le transport civil, et demain les véhicules autonomes.
Le géomaticien moderne devient l'architecte de cette résilience : il fusionne, cartographie, anticipe. Des entreprises comme Exail (ex-iXblue) ou Safran développent des centrales inertielles de haute précision couplées à des algorithmes de fusion temps réel. La recherche académique (SLAM multi-capteurs, navigation magnétique) avance vite [citation:2][citation:6][citation:10].
« En recourant aux toutes dernières technologies de radio logicielle, il est simple et faisable d'un point de vue économique de contrefaire les signaux GNSS en temps réel. La parade est la fusion multi-capteurs. » – Projet FOSTER ITS [citation:7]






